Colloque International des Dialogues Européens d’Evian 2010

Réchauffement global, Changement climatique, sociétés et cultures de Russie et d’Europe

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Réalités  et enjeux du changement climatique : quelles stratégies ?

Europe, Asie septentrionale, Amérique du Nord

 

 

En ce début du XXIe siècle, suite aux rapports du Groupe intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC), le paradigme socio-politique communément admis est que le réchauffement climatique contemporain serait lié à 90 % lié aux activités humaines.

Cette hausse de température, de l’ordre de 1°C aujourd’hui par rapport à 1860, est un enjeu pour tous les humains. Dans de nombreuses régions du monde le changement se fait déjà sentir. Quant aux scénarios pour le futur, ils prévoient une hausse de température en 2100 qui se situe entre + 1,1 et +6,4 °C par rapport à 1990. Conformément aux  scénarios B1 et A2, « les plus réalistes », la fourchette d’estimations se restreint entre +1,8 et +3,4 °C  pour toute la planète. De plus, des répercussions graves, voire irréversibles, pourraient se situer au-delà de +3°C.

Les hausses seraient plus importantes aux hautes et moyennes latitudes. Elles peuvent atteindre 8°C sur les continents des hautes latitudes. L’Arctique et ses pays riverains sont donc particulièrement touchés par le réchauffement. En conséquence, réagir face au changement climatique est une nécessité partout mais les réponses devraient être plus urgentes et très spécifiques autour de l’Arctique et au cœur des grandes masses continentales boréales.

La « lutte» contre le réchauffement combine deux actions :

- l’atténuation de l’amplitude du réchauffement c’est-à-dire une « intervention anthropique pour réduire les sources ou augmenter les puits de gaz à effet de serre » et « stabiliser les émissions pour ne pas dépasser un certain seuil de dangerosité » (GIEC)

- et l’adaptation soit le fait d’« ajuster des systèmes naturels ou des systèmes humains face à un nouvel environnement ou un environnement changeant. L’adaptation aux changements climatiques indique l’ajustement des systèmes naturels ou humains en réponse à des stimuli climatiques présents ou futurs ou à leurs effets, afin d’atténuer les effets néfastes ou d’exploiter des opportunités bénéfiques » (GIEC). idem

 

L’objectif du colloque sera de mettre en évidence d’une part, les caractéristiques des territoires de l’Amérique du nord, de l’Europe du Nord, du Nord ouest et centrale, de l’Asie au nord de l’Himalaya et d’autre part, les stratégies des multiples acteurs de cet ensemble de pays) par rapport aux autres  régions du monde. Cinq axes de réflexion sont proposés : le recadrage du changement contemporain dans l’histoire, l’état des bilans  des gaz à effet de serre émis (cause et/ou effet du réchauffement), les enjeux pour les espaces océaniques et les régions continentales, les stratégies d’atténuation des différents acteurs à diverses échelles spatiales, les formes d’adaptation déjà mises en place.

 

 

 

1. Le changement climatique contemporain et les variabilités historiques du climat autour de l’Arctique

Des variations d’émission solaire à l’échelle de 350 ans environ expliquent les variabilités historiques du climat : une période chaude au Moyen Âge, l’optimum médiéval au cours des XI à XIVe siècles, puis une période froide de la fin du XVe s au milieu du XIXe s appelée Petit Age de Glace. Elle s’est achevée vers 1860 à peu près en même que temps que la Révolution industrielle émergeait et transformait l’économie et les sociétés en Europe et en Amérique du nord. Je ne vois pas la différence Depuis lors, nous sommes entrés dans une période chaude. Ces variabilités du climat au cours des quelques dix-douze derniers siècles sont bien documentées et connues en Europe, qu’en est-il de l’Asie et de l’Amérique du nord ? Comment situer le réchauffement contemporain par rapport aux variabilités de ce passé historique ? Quelle mémoire, y compris dans le savoir vernaculaire, en a été conservée ?

 

2. Les bilans d’émissions des divers gaz à effet de serre : cause et/ou conséquence du réchauffement

La hausse thermique contemporaine est incontestable mais s’éloigne peu des variabilités naturelles du climat planétaire. La part des facteurs d’origine naturelle (10% selon le GIEC) et/ou anthropogène fait encore débat. En effet,  le réchauffement  pourrait conduire à des dégazages de méthane autrefois prisonnier des sols constamment gelés. Où en est-on des bilans d’émissions de gaz à effet de serre dans les pays riverains de l’Arctique ? Quelle part revient sans conteste aux industries et aux transports et pilote donc la hausse de température ? Quelle part revient à des mécanismes naturels qui, suite au réchauffement, conduisent à l’émission de gaz à effet de serre qui ont des rétroeffets positifs (accentuant la hausse) ? De même la fonte de la glace de mer comme celle des continents tend à diminuer l’albédo. Quelle amplitude a cet effet « boule de neige » dans le réchauffement  observé ?

 

3. Les enjeux pour les pays riverains de l’Arctique

Les effets du changement climatique sont principalement abordés par leurs aspects négatifs que les médias friands de catastrophisme reprennent en les amplifiant. Faut-il vraiment avoir peur de la fonte de la banquise ? D’une montée du niveau de la mer de 0,5 m dans un demi-siècle ? Du dégel du pergélisol ? D’une progression des biomes forestiers sur la toundra ? Du recul des glaciers de montagne ? D’une modification des agrosystèmes et  des disponibilités en eau ? Des civilisations vont-elles disparaître ? Jamais les bons côtés du réchauffement ne sont mis en avant. Et quand ils le sont c’est pour souligner des risques de nouveaux conflits pour l’appropriation de ressources convoitées (pétrole, gaz, zones de pêche, routes maritimes). Qu’en est-il donc de ces impacts négatifs et/ou positifs du réchauffement ? Des évaluations chiffrées permettent-elles de situer ces enjeux ?

 

4. Les stratégies d’atténuation

Dès la conférence de Kyoto en décembre 1997, les discussions étaient « tendues » et plusieurs camps étaient discernables. Un accord a finalement abouti au Protocole que tous les pays n’ont pas ratifié, pas tous avec le même empressement, et parfois pour revenir ensuite sur leur engagement. En effet, cet accord de restriction des émissions de gaz à effet de serre  ne concerne qu’une moitié du total des émissions par les activités humaines, en l’absence des Etats-Unis et de la Chine. L’efficacité d’une telle action « universelle » sur les sources (transports, industries, bâti, agriculture,…) est contestée, d’autant plus que la récession économique menace de nombreux pays riches ou émergents. Quelles sont donc les stratégies, aujourd’hui, pour l’après Kyoto ?

 

5. Les formes d’adaptation au réchauffement

Le réchauffement va se poursuivre, suite à la durée de vie des gaz déjà émis dans l’atmosphère, même si des mesures radicales d’atténuation sont mises en pratique partout. Quels sont les secteurs (agriculture, foresterie, énergie, pêche, etc.), les lieux (littoraux, vallées inondables, villes, etc.),  les populations (éleveurs nomades) les plus vulnérables ? Peut-on définir ceux qui doivent être accompagnés par des politiques publiques et ceux qui s’adapteront spontanément ? Comment, pourquoi et où, ces mesures d’accompagnement (financier, administratif ou autres) ont-elles été mises en place ?

 

 

Martine TABEAUD, professeur

Université Paris Panthéon Sorbonne et UMR CNRS ENEC

Texte soumis à l’approbation du comite scientifique en fevrier 2009

 


 

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