Réalitéset enjeux du changement climatique :
quelles stratégies ?
Europe,
Asie septentrionale, Amérique du Nord
En ce
début du XXIe siècle, suite aux rapports du Groupe intergouvernemental sur
l’Evolution du Climat (GIEC), le paradigme socio-politique communément admis
est que le réchauffement climatique contemporain serait lié à 90 % lié aux
activités humaines.
Cette hausse de température, de l’ordre de 1°C
aujourd’hui par rapport à 1860, est un enjeu pour tous les humains. Dans de
nombreuses régions du monde le changement se fait déjà sentir. Quant aux
scénarios pour le futur, ils prévoient une hausse de température en 2100 qui se
situe entre + 1,1 et +6,4 °C par rapport à 1990. Conformément auxscénarios B1 et A2, « les plus
réalistes », la fourchette d’estimations se restreint entre +1,8 et +3,4
°Cpour toute la planète. De plus, des
répercussions graves, voire irréversibles, pourraient se situer au-delà de
+3°C.
Les
hausses seraient plus importantes aux hautes et moyennes latitudes. Elles
peuvent atteindre 8°C sur les continents des hautes latitudes. L’Arctique et
ses pays riverains sont donc particulièrement touchés par le réchauffement. En
conséquence, réagir face au changement climatique est une nécessité partout
mais les réponses devraient être plus urgentes et très spécifiques autour de
l’Arctique et au cœur des grandes masses continentales boréales.
La
« lutte» contre le réchauffement combine deux actions :
-
l’atténuation de l’amplitude du réchauffement c’est-à-dire une « intervention
anthropique pour réduire les sources ou augmenter les puits de gaz à effet de
serre » et « stabiliser les émissions pour ne pas
dépasser un certain seuil de dangerosité » (GIEC)
-
et l’adaptation soit le fait d’« ajuster des systèmes naturels ou des
systèmes humains face à un nouvel environnement ou un environnement changeant.
L’adaptation aux changements climatiques indique l’ajustement des systèmes
naturels ou humains en réponse à des stimuli climatiques présents ou futurs ou
à leurs effets, afin d’atténuer les effets néfastes ou d’exploiter des
opportunités bénéfiques » (GIEC). idem
L’objectif du colloque sera de
mettre en évidence d’une part, les caractéristiques des territoires de
l’Amérique du nord, de l’Europe du Nord, du Nord ouest et centrale, de l’Asie
au nord de l’Himalaya et d’autre part, les stratégies des multiples acteurs de
cet ensemble de pays) par rapport aux autresrégions du monde. Cinq axes de réflexion sont proposés : le
recadrage du changement contemporain dans l’histoire, l’état des bilansdes gaz à effet de serre émis (cause et/ou
effet du réchauffement), les enjeux pour les espaces océaniques et les régions
continentales, les stratégies d’atténuation des différents acteurs à diverses échelles
spatiales, les formes d’adaptation déjà mises en place.
1. Le changement climatique
contemporain et les variabilités historiques du climat autour de l’Arctique
Des
variations d’émission solaire à l’échelle de 350 ans environ expliquent les
variabilités historiques du climat : une période chaude au Moyen Âge, l’optimum
médiéval au cours des XI à XIVe siècles, puis une période froide de
la fin du XVe s au milieu du XIXe s appelée Petit Age de
Glace. Elle s’est achevée vers 1860 à peu près en même que temps que la
Révolution industrielle émergeait et transformait l’économie et les sociétés en
Europe et en Amérique du nord. Je ne vois pas la différence Depuis lors, nous
sommes entrés dans une période chaude. Ces variabilités du climat au cours des
quelques dix-douze derniers siècles sont bien documentées et connues en Europe,
qu’en est-il de l’Asie et de l’Amérique du nord ? Comment situer le
réchauffement contemporain par rapport aux variabilités de ce passé
historique ? Quelle mémoire, y compris dans le savoir vernaculaire, en a été
conservée ?
2. Les bilans d’émissions des divers gaz à effet de
serre : cause et/ou conséquence du réchauffement
La hausse thermique contemporaine est
incontestable mais s’éloigne peu des variabilités naturelles du climat
planétaire. La part des facteurs d’origine naturelle (10% selon le GIEC) et/ou
anthropogène fait encore débat.En effet,le réchauffementpourrait conduire à des dégazages de méthane
autrefois prisonnier des sols constamment gelés. Où en est-on des bilans
d’émissions de gaz à effet de serre dans les pays riverains de
l’Arctique ? Quelle part revient sans conteste aux industries et aux
transports et pilote donc la hausse de température ? Quelle part revient à
des mécanismes naturels qui, suite au réchauffement, conduisent à l’émission de
gaz à effet de serre qui ont des rétroeffets positifs (accentuant la
hausse) ? De même la fonte de la glace de mer comme celle des continents tend à
diminuer l’albédo. Quelle amplitude a cet effet « boule de neige »
dans le réchauffement observé ?
3. Les enjeux pour les pays riverains de l’Arctique
Les effets du changement climatique
sont principalement abordés par leurs aspects négatifs que les médias friands
de catastrophisme reprennent en les amplifiant. Faut-il vraiment avoir peur de
la fonte de la banquise ? D’une montée du niveau de la mer de 0,5
m dans un demi-siècle ? Du dégel du pergélisol ? D’une progression
des biomes forestiers sur la toundra ? Du recul des glaciers de
montagne ? D’une modification des agrosystèmes etdes disponibilités en eau ? Des
civilisations vont-elles disparaître ? Jamais les bons côtés du
réchauffement ne sont mis en avant. Et quand ils le sont c’est pour souligner
des risques de nouveaux conflits pour l’appropriation de ressources convoitées
(pétrole, gaz, zones de pêche, routes maritimes). Qu’en est-il donc de ces
impacts négatifs et/ou positifs du réchauffement ? Des évaluations chiffrées
permettent-elles de situer ces enjeux ?
4. Les stratégies d’atténuation
Dès la conférence de Kyoto en
décembre 1997, les discussions étaient « tendues » et plusieurs camps
étaient discernables. Un accord a finalement abouti au Protocole que tous les
pays n’ont pas ratifié, pas tous avec le même empressement, et parfois pour
revenir ensuite sur leur engagement. En effet, cet accord de restriction des
émissions de gaz à effet de serrene
concerne qu’une moitié du total des émissions par les activités humaines, en
l’absence des Etats-Unis et de la Chine. L’efficacité d’une telle action
« universelle » sur les sources (transports, industries, bâti,
agriculture,…) est contestée, d’autant plus que la récession économique menace
de nombreux pays riches ou émergents. Quelles sont donc les stratégies,
aujourd’hui, pour l’après Kyoto ?
5. Les formes d’adaptation au réchauffement
Le réchauffement va se poursuivre,
suite à la durée de vie des gaz déjà émis dans l’atmosphère, même si des
mesures radicales d’atténuation sont mises en pratique partout. Quels sont les
secteurs (agriculture, foresterie, énergie, pêche, etc.), les lieux (littoraux,
vallées inondables, villes, etc.),les
populations (éleveurs nomades) les plus vulnérables ? Peut-on définir ceux
qui doivent être accompagnés par des politiques publiques et ceux qui
s’adapteront spontanément ? Comment, pourquoi et où, ces mesures
d’accompagnement (financier, administratif ou autres) ont-elles été mises en
place ?
Martine TABEAUD, professeur
Université Paris Panthéon Sorbonne et
UMR CNRS ENEC
Texte soumis à l’approbation du
comite scientifique en fevrier 2009