Entre réalité et fiction, ethnographie et
fantastique : l’image du Grand Nord au XVIIIe siècle.
Le siècle des Lumières,
exceptionnellement curieux de l’ailleurs et de l’Autre, a multiplié les
voyages d’exploration et les expéditions scientifiques. Les voyages aux pôles
et dans le Grand Nord (Maupertuis en Laponie, Bouvet, Cook au pôle Sud) s’inscrivent
dans ce contexte. Mais les récits de voyage témoignent aussi du débat
philosophique entre nature et société, et participent parfois du mythe du
« bon sauvage » ; les vastes entreprises de recensions de
voyages et leurs interprétations par les Philosophes ou les naturalistes
ouvrent également la voie aux fantasmes et fixent pour longtemps certains
clichés. On s’intéressera plus particulièrement à la représentation
géographique et ethnographique du Grand Nord à travers trois textes : les « Variétés
dans l’espèce humaine » de Buffon, partie de sa monumentale Histoire
naturelle entreprise en 1749 ; les Carnets de voyage en Suède
et notamment en Laponie du naturaliste Linné (1732) ; et le Passage du
pôle arctique au pôle antarctique par le centre du monde (anonyme, 1780),
utopie fin de siècle qui, avant la Découverte australe par un homme-volant de Rétif de la Bretonne (1781), nourrit le mythe du continent austral inconnu, et peut être lu
comme une parodie du voyage vers le Nord.
Anouchka Vasak
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