Colloque International des Dialogues Européens d’Evian 2010

Réchauffement global, Changement climatique, sociétés et cultures de Russie et d’Europe

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La question du réchauffement climatique en Chine : des discours aux réalités

Guillaume GIROIR (Université d’Orléans)

La question du réchauffement climatique se joue en grande partie en Chine. Cependant, elle fait l’objet d’une présentation simplificatrice, voire caricaturale. La Chine est ainsi mise au ban des accusés comme le plus gros pollueur de la planète ; la position ambiguë de la Chine elle-même dans les négociations internationales conforte cette image. L’objectif de cette étude est précisément d’essayer de dépasser ce point de vue simpliste.

De fait, mener une approche scientifique sur cette question s’avère particulièrement malaisée tant la réalité chinoise en la matière y apparaît souvent contradictoire, voire paradoxale. Dans ce contexte, l’approche systémique semble la seule capable de rendre compte de la complexité de la question.

Ainsi, la Chine est devenue le principal émetteur de gaz à effet de serre de la planète, et les prévisions envisagent leur multiplication par quatre dans les vingt prochaines années. Mais, en même temps, ses émissions per capita ne représentent qu’un cinquième de celles des États-Unis. De même, la Chine n’a de cesse d’insister sur la responsabilité historique des pays industrialisés en matière de pollution atmosphérique, mais s’efforce d’attirer les entreprises occidentales sur son propre sol, sans être trop regardante sur leur vertu écologique. Les pays industrialisés de leur côté dénoncent la catastrophe écologique sévissant en Chine et menacent d’imposer des taxes contre les pays pratiquant un dumping écologique, tout en y implantant massivement leurs industries les plus polluantes.

Les dirigeants chinois stigmatisent officiellement le modèle de développement occidental, considéré comme non-durable ; mais les Chinois eux-mêmes ne rêvent que d’entrer dans la société de consommation à l’occidentale. La taille du marché automobile chinois devrait être ainsi multipliée par dix entre 2005 et 2030, entrainant une augmentation considérable de la consommation de carburant, donc de gaz à effet de serre. Mais, la Chine est aussi le premier pays à avoir commercialisé une voiture électrique grand public dès décembre 2008, et les ventes des vélos et scooters électriques connaissent un succès considérable ; même si l’usage du plomb dans les batteries et l’origine souvent fossile de l’électricité s’avèrent peu durables. Dans les négociations internationales, la Chine a adopté une ligne dure et non-contraignante pour elle-même, mais elle a aussi élaboré en 2007 un document remarquable (China’s National Climate Change Program) établissant à la fois un bilan des impacts du réchauffement climatique en Chine et une série de contre-mesures en matière de mitigation et d’adaptation. C’est aussi en Chine que la révolution des écotechnologies présente ses formes parmi les plus spectaculaires. Les méga-projets en matière d’énergies renouvelables se multiplient en Chine, mais leur part dans la consommation énergétique totale du pays est appelée à rester longtemps marginale par rapport au charbon.

La question du réchauffement climatique en Chine offre ainsi l’occasion de saisir un phénomène très particulier, celui de l’emboîtement de deux révolutions quasi-concomitantes, l’émergence d’une hyper-puissance économique et la révolution du développement durable, dans le contexte d’un pays marqué par le gigantisme démographique et territorial.

GIROIR Guillaume (PR, Université d'Orléans)

LIU Hui (Directrice de recherche, Académie des Sciences de Chine, Institut de Géographie, Pékin)

MALEVAL Véronique (MC, Université de Limoges)