La question du réchauffement climatique en Chine : des discours
aux réalités
Guillaume GIROIR
(Université d’Orléans)
La question du réchauffement climatique se joue en grande
partie en Chine. Cependant, elle fait l’objet d’une présentation
simplificatrice, voire caricaturale. La Chine est ainsi mise au ban des accusés
comme le plus gros pollueur de la planète ; la position ambiguë de la
Chine elle-même dans les négociations internationales conforte cette image.
L’objectif de cette étude est précisément d’essayer de dépasser ce point de vue
simpliste.
De fait, mener une approche scientifique sur cette question
s’avère particulièrement malaisée tant la réalité chinoise en la matière y
apparaît souvent contradictoire, voire paradoxale. Dans ce contexte, l’approche
systémique semble la seule capable de rendre compte de la complexité de la
question.
Ainsi, la Chine est devenue le principal émetteur de gaz à
effet de serre de la planète, et les prévisions envisagent leur multiplication
par quatre dans les vingt prochaines années. Mais, en même temps, ses émissions
per capita ne représentent qu’un cinquième de celles des États-Unis. De même,
la Chine n’a de cesse d’insister sur la responsabilité historique des pays
industrialisés en matière de pollution atmosphérique, mais s’efforce d’attirer
les entreprises occidentales sur son propre sol, sans être trop regardante sur
leur vertu écologique. Les pays industrialisés de leur côté dénoncent la
catastrophe écologique sévissant en Chine et menacent d’imposer des taxes contre
les pays pratiquant un dumping écologique, tout en y implantant massivement
leurs industries les plus polluantes.
Les dirigeants chinois stigmatisent officiellement le
modèle de développement occidental, considéré comme non-durable ; mais les
Chinois eux-mêmes ne rêvent que d’entrer dans la société de consommation à
l’occidentale. La taille du marché automobile chinois devrait être ainsi
multipliée par dix entre 2005 et 2030, entrainant une augmentation considérable
de la consommation de carburant, donc de gaz à effet de serre. Mais, la Chine
est aussi le premier pays à avoir commercialisé une voiture électrique grand
public dès décembre 2008, et les ventes des vélos et scooters électriques
connaissent un succès considérable ; même si l’usage du plomb dans les
batteries et l’origine souvent fossile de l’électricité s’avèrent peu durables.
Dans les négociations internationales, la Chine a adopté une ligne dure et
non-contraignante pour elle-même, mais elle a aussi élaboré en 2007 un document
remarquable (China’s National Climate
Change Program) établissant à la fois un bilan des impacts du réchauffement
climatique en Chine et une série de contre-mesures en matière de mitigation et
d’adaptation. C’est aussi en Chine que la révolution des écotechnologies présente
ses formes parmi les plus spectaculaires. Les méga-projets en matière
d’énergies renouvelables se multiplient en Chine, mais leur part dans la
consommation énergétique totale du pays est appelée à rester longtemps
marginale par rapport au charbon.
La question du réchauffement climatique en Chine offre
ainsi l’occasion de saisir un phénomène très particulier, celui de
l’emboîtement de deux révolutions quasi-concomitantes, l’émergence d’une
hyper-puissance économique et la révolution du développement durable, dans le
contexte d’un pays marqué par le gigantisme démographique et territorial.
GIROIR Guillaume (PR, Université d'Orléans)
LIU Hui
(Directrice de recherche, Académie des Sciences de
Chine, Institut de Géographie, Pékin)